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Quand l'école parle la langue de la maison : les langues nationales en classe

Publié le · Langues et apprentissages

Co-signé par NGAN Pulchérie Bardo, institutrice expérimentée, coach certifiée et enseignante certifiée en Programmation Neurolinguistique (+237 650 90 80 23) et MATIP KENDEG Charles Lwanga, expert en politiques publiques, enseignant du secondaire expérimenté, coach certifié et enseignant certifié en Programmation Neurolinguistique (+237 699 08 68 52), avec l'équipe Écoles du Cameroun.

Imaginez la scène, elle se joue chaque septembre dans des milliers de salles de classe, de Maroua à Sangmélima. Un enfant de six ans franchit pour la première fois le portail de l'école. À la maison, il a appris à compter les chèvres en fulfulde, à raconter sa journée en ghomala, à chanter en basa'a. Et voilà qu'au premier coup de cloche, tout bascule : la maîtresse parle une langue qu'il n'a presque jamais entendue. On lui demande d'apprendre à lire, à écrire, à penser — dans une langue qu'il doit d'abord apprendre à comprendre. Deux montagnes à gravir en même temps, avec des jambes de six ans.

Cette situation n'a rien d'une exception camerounaise. L'Organisation des Nations unies rappelle que 40 % des apprenants dans le monde n'ont toujours pas accès à une éducation dans la langue qu'ils comprennent le mieux. En Afrique subsaharienne, l'UNESCO estime que la proportion d'enfants qui ne reçoivent pas l'enseignement dans leur langue maternelle atteint environ 80 %. Mais chez nous, la question prend un relief particulier : la SIL, qui travaille sur les langues camerounaises depuis 1969, répertorie 283 langues sur notre territoire. Deux cent quatre-vingt-trois. Chacune porte des berceuses, des proverbes, une manière de nommer le monde. Et pendant des décennies, presque aucune n'avait droit de cité dans nos salles de classe.

Ce que disent les textes, et ce que vit la classe

Sur le papier, pourtant, le cap est clair. La Constitution fait du français et de l'anglais nos deux langues officielles, à égalité, et engage dans le même souffle l'État à protéger et promouvoir les langues nationales. Le bilinguisme officiel et les langues du terroir ne sont donc pas des rivaux : ce sont les deux faces d'une même ambition. Depuis 2019, l'UNESCO accompagne d'ailleurs le gouvernement dans une série d'ateliers à Yaoundé, dont celui de février 2020 a accouché d'une feuille de route pour la mise en œuvre d'une véritable politique linguistique nationale, y compris à l'école.

Et le terrain a déjà commencé à répondre. Le ministère de l'Éducation de base a conduit une expérimentation dans 43 écoles primaires multilingues, où cinq langues nationales — l'ewondo, le duala, le basa'a, le ghomala et le fulfulde — ont été enseignées aux côtés du français et de l'anglais. Le bilan, dressé début 2021 par la direction de l'alphabétisation du MINEDUB, a de quoi nous réjouir : ces élèves lisent couramment dans leur langue, l'écrivent, la comprennent bien. Et surtout, détail qui devrait parler à tous les parents inquiets, ils apprennent ensuite plus facilement les autres langues. Une étude menée en 2020 a identifié une vingtaine de langues camerounaises déjà prêtes, par leur description et leurs outils, à entrer en classe. L'université n'est pas en reste : Yaoundé I a diplômé dès 2017 sa première promotion en Langues et Cultures camerounaises, celles et ceux qui formeront les maîtres de demain. Ce mouvement s'inscrit dans l'initiative ELAN-Afrique, qui soutient depuis 2013 l'articulation entre langues africaines et langues d'enseignement.

La peur des parents, parlons-en franchement

Nous connaissons l'objection, nous l'entendons à chaque réunion de parents : « Si mon fils apprend le duala à l'école, il sera moins bon en français, et c'est le français qui le fera réussir au concours. » Cette crainte est respectable, elle vient d'un endroit d'amour. Mais les faits, ici et ailleurs, disent l'inverse. L'UNESCO le martèle par la voix de sa directrice générale : les enfants apprennent mieux dans leur langue maternelle, surtout dans les premières années, celles où se construisent la lecture et l'écriture. L'enfant qui comprend ce qu'on lui enseigne construit des fondations solides ; sur ces fondations, le français et l'anglais s'élèvent ensuite plus vite et plus droit. Ce n'est pas un hasard si le Cameroun a été choisi pour accueillir, en septembre 2024, les célébrations mondiales de la Journée internationale de l'alphabétisation, placées justement sous le signe de l'éducation multilingue.

Pour vous, enseignants : rejoindre l'enfant là où il est

Il y a, dans les outils de coaching issus de la Programmation Neuro-Linguistique, une idée que toute institutrice de SIL (la section d'initiation au langage, cette fois !) reconnaîtra d'instinct : chacun de nous porte une « carte du monde », construite avec les mots de sa langue première, et l'on ne guide bien quelqu'un qu'en commençant par rejoindre sa carte. Concrètement, dans une classe de CP à Bafoussam ou à Garoua, cela change des gestes très simples. Avant d'introduire un mot français nouveau, partez de ce que l'enfant sait déjà nommer : demandez-lui comment on dit « pluie » ou « marché » chez lui, accueillez la réponse avec un sourire, puis posez le mot français à côté, comme un pont et non comme un mur. Ce moment où l'enfant se sent reconnu dans sa langue crée un état de confiance — et un état de confiance, chez un enfant de six ans, cela s'ancre : associez-le à un rituel stable, un chant de transition, un geste de la main, toujours le même, et vous verrez les épaules se détendre au moment d'aborder la leçon difficile. Reformulez aussi, dans les deux sens : l'élève qui peut redire dans sa langue ce qu'il vient d'apprendre en français vous montre qu'il a compris le sens, pas seulement mémorisé le son. Ces techniques de synchronisation et d'ancrage ne remplacent ni la didactique ni le programme ; elles complètent les méthodes éprouvées en soignant ce qui conditionne tout le reste : la relation, et le sentiment de sécurité de l'enfant.

Et maintenant ?

Parents, la prochaine fois que votre enfant vous rapporte un mot d'ewondo ou de fulfulde appris en classe, ne froncez pas les sourcils : félicitez-le, faites-le parler, racontez-lui le proverbe qui va avec. Vous n'affaiblissez pas son français, vous enrichissez le terreau où son français pousse. Directeurs et responsables, les 43 écoles pilotes ont montré la voie ; la généralisation demandera des maîtres formés, des manuels dans nos langues, et ce courage tranquille qui consiste à faire entrer la maison dans l'école. Nous avons 283 raisons de ne pas renoncer. Et des millions de petites têtes qui, chaque matin, méritent d'apprendre d'abord dans la langue de leur cœur — pour mieux conquérir, ensuite, toutes les autres.

Sources.
  • Agence Ecofin — l'expérimentation du MINEDUB dans 43 écoles multilingues, les cinq langues enseignées, le bilan de 2021, l'étude de 2020 sur une vingtaine de langues prêtes pour l'école, ELAN-Afrique (2013) et la première promotion de Yaoundé I (2017)
  • UNESCO — la Journée internationale de l'alphabétisation 2024 célébrée à Yaoundé, la proportion d'environ 80 % d'enfants d'Afrique subsaharienne non instruits dans leur langue maternelle et la position de l'UNESCO sur l'apprentissage en langue maternelle
  • Nations unies — Journée internationale de la langue maternelle — les 40 % d'apprenants dans le monde sans accès à une éducation dans la langue qu'ils comprennent le mieux
  • SIL Cameroun — les 283 langues répertoriées au Cameroun et le travail d'alphabétisation en langues maternelles depuis 1969
  • UNESCO — Promotion des langues nationales — les ateliers de Yaoundé (2019-2020) et la feuille de route pour la politique linguistique nationale

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