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École « gratuite », frais d'APEE : ce que les familles paient encore

Publié le · Politiques publiques d'éducation de base

Co-signé par NGAN Pulchérie Bardo, institutrice expérimentée, coach certifiée et enseignante certifiée en Programmation Neurolinguistique (+237 650 90 80 23) et MATIP KENDEG Charles Lwanga, expert en politiques publiques, enseignant du secondaire expérimenté, coach certifié et enseignant certifié en Programmation Neurolinguistique (+237 699 08 68 52), avec l'équipe Écoles du Cameroun.

La scène se répète chaque mois de septembre, de Douala à Maroua. Devant le portail d'une école publique, une maman déplie un mouchoir noué où dorment quelques billets. Sur la liste qu'on lui a remise, il y a les cahiers, l'ardoise, l'uniforme — et une ligne qui la fait soupirer : les frais d'APEE. Elle a pourtant entendu, comme nous tous, que l'école primaire publique est gratuite au Cameroun. Alors pourquoi ce nœud dans le mouchoir, et ce nœud dans la gorge ?

Parlons-en franchement, entre nous. La gratuité de l'école primaire publique a été proclamée au début des années 2000 — le site d'information KOACI la date de 2001 — et, sur le papier, l'inscription dans une école primaire publique ne se paie plus. Mais vingt-cinq ans plus tard, aucun parent ne vous dira que l'école ne coûte rien. Selon une enquête du média Le360 Afrique publiée en septembre 2024, les contributions demandées au nom des Associations de parents d'élèves et d'enseignants tournent entre 5 000 et 15 000 FCFA par enfant au primaire, et atteignent 25 000 FCFA au secondaire. KOACI rapporte même que ces montants dépassent parfois les 25 000 FCFA que le ministre de l'Éducation de base avait suggérés comme plafond en 2021. Pour une famille de quatre enfants scolarisés, faites le calcul vous-même : la « gratuité » pèse vite très lourd dans le budget du ménage.

Pourquoi l'école tend-elle encore la main ?

Il serait facile de crier au scandale et de s'arrêter là. La réalité, vous la connaissez si vous avez déjà dirigé une école ou siégé dans un bureau d'APEE : beaucoup d'établissements publics ne tiendraient pas un trimestre sans cet argent. Les responsables d'écoles interrogés par KOACI le disent sans détour — ces contributions servent souvent à payer les « maîtres des parents », ces enseignants recrutés par la communauté pour combler les postes vacants, à réparer un toit, à acheter la craie qui manque.

L'État, de son côté, envoie chaque année aux écoles publiques le fameux « paquet minimum » : registres, craies, matériel de base. Mais l'intendance suit lentement. La deuxième enquête de suivi des dépenses publiques menée par l'Institut national de la statistique — sur l'année scolaire 2008/2009, il est vrai, mais le rapport reste une référence — montrait que si 95,5 % des écoles primaires publiques recevaient bien leur paquet minimum, les directeurs n'étaient notifiés de sa disponibilité, en moyenne, que 4,5 mois après la rentrée. Presque un semestre entier de craie achetée… par qui, à votre avis ? Par les parents. Et le rapport de l'UNICEF sur la situation des enfants au Cameroun, publié en juin 2025, rappelle que le budget alloué à l'éducation stagne autour de 14 %, en deçà de l'objectif de 20 % fixé par l'Union africaine. Tant que ce fossé existera, quelqu'un devra le combler. Ce quelqu'un, aujourd'hui, c'est la famille.

Le prix invisible : les enfants restés au village

Ce débat n'est pas une querelle de comptables. Derrière chaque billet de 5 000 francs demandé à l'inscription, il y a des enfants qui ne franchissent jamais le portail. Le même rapport de l'UNICEF indique que 90,1 % des enfants sont scolarisés au primaire — un chiffre dont notre pays peut être fier — mais qu'environ 14 % des enfants de 5 à 11 ans ne fréquentent pas l'école, et que dans certaines régions comme le Nord, jusqu'à 35 % des enfants ne suivent aucun apprentissage. Parmi les causes citées : le manque de ressources financières des parents. Autrement dit, quand l'école « gratuite » coûte trop cher, ce sont les plus fragiles qui décrochent. La Stratégie du secteur de l'éducation et de la formation 2023-2030 en a d'ailleurs fait un objectif explicite : réduire le fardeau financier que la scolarisation impose aux ménages. L'intention est là, noir sur blanc. Reste à la faire descendre jusqu'à la cour de récréation.

Ce que chacun peut faire, dès cette année

Vous êtes parent ? Vous avez le droit de demander, en assemblée générale, le budget détaillé de l'APEE et le compte rendu de l'année écoulée — c'est votre argent, et une APEE bien tenue n'a rien à cacher. Vous êtes directeur ou directrice ? Afficher les comptes dans le hall de l'école coûte une feuille de papier et rapporte quelque chose qui n'a pas de prix : la confiance. Vous êtes président d'APEE ? Distinguez clairement ce qui est une contribution volontaire de ce qui conditionne l'accès en classe — le ministère de l'Éducation de base a d'ailleurs adressé en août 2024 une mise en garde aux écoles contre l'imposition forcée de ces frais et la vente de fournitures à prix excessifs. Le sens de ce rappel est limpide : la contribution des parents ne doit jamais devenir une barrière qui ferme la porte de l'école publique à un enfant.

Parler d'argent sans se fâcher : des outils pour vos assemblées générales

C'est souvent là que tout se joue : dans cette assemblée générale de début d'année où l'on parle d'argent, où les voix montent, où chacun campe sur sa position. Les outils de la Programmation Neuro-Linguistique — des techniques de communication utilisées en coaching, qui complètent l'expérience de terrain sans prétendre la remplacer — peuvent aider les bureaux d'APEE et les directeurs à transformer ce moment redouté en moment de cohésion. Premier réflexe : la synchronisation et l'écoute. Avant de présenter le moindre chiffre, laissez trois ou quatre parents dire leur réalité, reformulez-la avec leurs propres mots (« si je vous comprends bien, ce qui vous inquiète, c'est de payer sans voir où va l'argent »). Un parent qui se sent entendu écoute ensuite deux fois mieux. Deuxième outil : la précision du langage, que la PNL appelle le méta-modèle. Bannissez les formules floues comme « les frais serviront au fonctionnement » — elles nourrissent la méfiance. Dites plutôt : « 6 000 francs par enfant, dont 4 000 pour la vacation de deux maîtres des parents et 2 000 pour la réparation des tables-bancs, comptes affichés chaque trimestre ». Troisième outil : le recadrage. Présenter la contribution non comme une taxe subie mais comme un projet choisi par les parents eux-mêmes — avec un objectif visible, photographiable, vérifiable — change l'état d'esprit de toute la salle. Enfin, avant une réunion difficile, le président d'APEE gagnera à se poser une question toute simple, héritée de la démarche des positions perceptuelles : « si j'étais cette maman qui a trois enfants ici et un revenu irrégulier, qu'est-ce que j'aurais besoin d'entendre pour avoir confiance ? » Ce détour par la place de l'autre est parfois la plus courte route vers un vote unanime.

L'école gratuite reste, pour l'heure, une promesse à moitié tenue. En attendant que le paquet minimum arrive à temps et que le budget de l'éducation grandisse, la meilleure chose que nous puissions faire, dans chaque école, c'est de rendre chaque franc traçable et chaque décision partagée. La maman au mouchoir noué ne demande pas la lune : elle demande à savoir ce que son effort achète. Répondons-lui.

Sources.

Vous cherchez une école maternelle ou primaire ? Consultez l'annuaire des 2 206 écoles du Cameroun, classées par région, ville et quartier.

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