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Cantines scolaires : quand l'assiette ramène l'enfant à l'école

Publié le · Politiques publiques & vie scolaire

Co-signé par NGAN Pulchérie Bardo, institutrice expérimentée, coach certifiée et enseignante certifiée en Programmation Neurolinguistique (+237 650 90 80 23) et MATIP KENDEG Charles Lwanga, expert en politiques publiques, enseignant du secondaire expérimenté, coach certifié et enseignant certifié en Programmation Neurolinguistique (+237 699 08 68 52), avec l'équipe Écoles du Cameroun.

À Gada-Dang, dans l'Adamaoua, la directrice de l'école, Eveline Claire Megon, le dit simplement : certains enfants arrivent le matin sans avoir mangé à la maison, et c'est à l'école qu'ils trouvent un bon repas. Les chiffres de son établissement racontent la suite : l'école comptait 194 élèves en 2022-2023, elle en accueille 322 en 2025-2026, une hausse que le reportage qui la cite attribue à l'attrait de la cantine.

Nous, enseignants, connaissons ce phénomène par cœur, même quand nous ne le nommons pas. Un enfant qui a faim ne suit pas la leçon de calcul de 11 heures. Il regarde la fenêtre, il pose la tête sur la table, il se dispute pour un rien. Et parfois, un lundi, il ne revient plus. La question des cantines scolaires n'est donc pas un « à-côté » de l'éducation de base : elle touche au cœur de ce que nous demandons à l'école primaire, apprendre à lire, écrire et compter.

Ce qui se passe déjà dans nos régions

Le modèle qui se développe au Cameroun porte un nom anglais, Home-Grown School Feeding, que l'on pourrait traduire par « cantines nourries par le terroir ». L'idée est de ne plus faire venir des sacs de vivres de l'étranger, mais d'acheter la tomate, le maïs, le manioc ou le haricot aux coopératives de producteurs installées autour des écoles. Les repas sont ensuite préparés par les associations de parents et par des « mères éducatrices », des femmes de la communauté qui cuisinent pour les élèves.

Selon Africa24 TV, qui a consacré un reportage au programme le 9 septembre 2026, ce dispositif piloté par le ministère de l'Éducation de base (MINEDUB) et le Programme alimentaire mondial (PAM) touchait 71 850 élèves en 2024, dont 43 % de filles, dans 107 écoles réparties sur sept régions : Adamaoua, Centre, Est, Extrême-Nord, Nord, Nord-Ouest et Sud-Ouest. Le gouverneur de l'Adamaoua, Kildadi Taguieke Boukar, y observe que les enfants viennent plus régulièrement, arrivent à l'heure et suivent les cours dans de meilleures conditions.

L'expérience n'est pas née d'hier. En mars 2024 déjà, Cameroon Tribune rendait compte, depuis l'école de Beka Matali à Ngaoundéré, d'un programme pilote du PAM servant des repas chauds à base de produits locaux, lancé en février 2022 dans des zones d'éducation prioritaire.

D'autres acteurs s'y mettent aussi. Fin mai 2026, Journal du Cameroun rapportait le lancement par Plan International d'un projet du même type dans l'Adamaoua, l'Est et le Centre : 49 écoles, 17 communes et 24 149 jeunes bénéficiaires jusqu'en décembre 2026, pour un budget de 95,7 millions de francs CFA. À Soa, tout près de Yaoundé, quatre écoles en font partie. La direction de l'école maternelle anglophone d'Ebang 1 y expliquait que des enfants déplacés manquent souvent la classe faute de nourriture, avec la honte que cela entraîne.

Une stratégie nationale, des chiffres encore modestes

Le gouvernement a validé en octobre 2025 une stratégie nationale d'alimentation scolaire pour 2026-2030, accompagnée d'une stratégie de financement durable. Son ambition, telle qu'elle est présentée dans la presse : qu'à l'horizon 2030, chaque enfant d'âge scolaire ait accès à une alimentation saine et équilibrée, préparée autant que possible avec des produits locaux. D'après Journal du Cameroun, environ 371 000 élèves bénéficiaient alors de repas scolaires dans les six régions jugées prioritaires, et l'objectif est d'atteindre un million d'élèves en 2030.

Le plan de financement présenté par Afrik Info repose d'abord sur le budget de l'État (15,7 milliards de francs CFA), complété par des financements extérieurs (4,5 milliards), le secteur privé (1,5 milliard), les communautés (1,65 milliard) et les collectivités territoriales décentralisées (700 millions). Ces montants méritent d'être suivis de près : les chiffres varient d'un article à l'autre, et c'est leur inscription réelle dans les budgets annuels qui dira si la promesse tient.

Le 16 septembre 2026, au moment de la rentrée, le secrétaire général du MINEDUB, Dr Adams Daniel Oyono, et le directeur pays adjoint du PAM, Aboubacar Guindo, ont participé à Yaoundé à un atelier consacré à la communication autour de l'alimentation scolaire, selon le Journal Chrétien. C'est le signe que l'on veut passer du projet pilote à une politique nationale, et convaincre les communes, les parents et les entreprises d'y contribuer.

Pourquoi une assiette change la classe

Dans les écoles concernées, les observateurs décrivent les mêmes effets : plus d'inscriptions, moins d'absences, des enfants plus attentifs et des filles qui restent plus longtemps à l'école. Le PAM, par la voix de son représentant Gianluca Ferrera, avance qu'un dollar investi dans l'alimentation scolaire peut rapporter jusqu'à huit dollars en bénéfices économiques et sociaux. Retenons surtout ce que beaucoup d'instituteurs constatent de leurs yeux : la cantine ramène l'enfant à l'école, et elle l'y garde disponible pour apprendre.

Il y a aussi un effet moins visible. Quand l'école achète le lait, les œufs ou le haricot au village voisin, c'est l'économie locale qui tourne, et la cantine devient l'affaire de toute la communauté. Encore faut-il que les producteurs soient payés à temps et que les mères éducatrices soient soutenues, formées et reconnues pour ce travail souvent bénévole.

Transformer le repas en moment d'apprentissage

La Programmation Neuro-Linguistique (PNL) offre quelques outils de communication simples qui peuvent aider les mères éducatrices et les enseignants à tirer le meilleur de ce temps du repas. Le premier est l'« ancrage » : associer volontairement une émotion positive à un moment qui se répète. Si le repas commence chaque jour par le même petit rituel, une chanson, un mot d'accueil ou le lavage des mains fait ensemble, l'enfant associe peu à peu l'école à la sécurité et au plaisir, et non plus à la peur de l'échec ou à la faim. Le deuxième outil est l'observation fine de l'autre, ce que la PNL appelle la « calibration » : apprendre à repérer, sans questionner l'enfant devant ses camarades, les signes d'un élève qui n'a pas mangé depuis la veille (la tête qui tombe, l'irritabilité, le regard perdu), pour lui proposer discrètement une place à la cantine. Enfin, auprès des parents qui voient d'abord la cantine comme une dépense de plus, le « recadrage » aide à présenter les choses autrement : la petite contribution demandée n'est pas une charge, c'est l'assurance que l'enfant aura l'énergie d'apprendre. Ces outils ne remplacent ni une bonne pédagogie ni un bon repas ; ils aident simplement les adultes à mieux communiquer autour de l'enfant.

Et chez nous, que pouvons-nous faire ?

Si votre école n'a pas encore de cantine, la question mérite d'être posée à la prochaine assemblée de l'APEE et au conseil d'école. Les communes, qui figurent désormais dans le plan de financement national, peuvent être sollicitées, tout comme les coopératives agricoles et les entreprises du quartier. Parents, demandez comment la cantine est gérée, qui cuisine, d'où viennent les produits et comment l'argent est utilisé : c'est votre droit, et c'est ce qui construit la confiance. Et vous, enseignants, notez les absences et les retards avant et après l'ouverture d'une cantine. Ce sont ces observations de terrain, bien plus que les discours, qui convaincront les décideurs de passer de 107 écoles à des milliers.

Sources.

Vous cherchez une école maternelle ou primaire ? Consultez l'annuaire des 2 206 écoles du Cameroun, classées par région, ville et quartier.

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